
Sébastien Cobut
Managing Partner
Lorsque nous étions réunis à table et que la soupière fumait, Maman disait parfois : "Cessez un instant de boire et de parler".
Nous obéissions.
"Regardez-vous", disait-elle doucement.
Nous nous regardions sans comprendre, amusés.
"C′est pour vous faire penser au bonheur", ajoutait-elle.
"Une maison chaude, du pain sur la nappe. Et des coudes qui se touchent. Voilà le bonheur", répétait-elle à table.
Papa tournait la tête comme nous pour voir le bonheur jusque dans le fond du corridor.
En riant, parce qu′il se sentait visé.
Il demandait à ma mère :
"Pourquoi tu nous y fais penser, à ce bonheur?"
Elle répondait : "Pour qu'il reste avec nous le plus longtemps possible" !
Ces quelques phrases ne sont pas de moi. Elles viennent d'une chanson de Julos Beaucarne.
Je ne sais pas pourquoi elles me touchent autant. *
Sans doute parce qu'elle parle d'un bonheur que notre époque a relégué en marge, au profit d’accomplissements plus bruyants, plus visibles, plus immédiatement gratifiants.
Et que ce bonheur-là n’est pas accessoire.
Il est fondamental.
Oui, je sais, cette réflexion n’est pas neuve et sans doute un peu naïve. Mais n'est-ce pas de cette naïveté-là dont notre époque a surtout besoin ?
Alors cet été, sans grandes résolutions, sans injonction à ralentir ou à performer autrement, juste ça :
Du pain sur la nappe, et des coudes qui se touchent. 😊
PS: * Ce pourquoi, une évidence sans intérêt à être exposé ici.









